Jean François Porchez ou L’excellence typographique, un ouvrage des éditions Adverbum.

Lorsque je l’ai rencontré aux environs de 1990, Jean François Porchez était déjà créateur de caractères. Moi, arpète à l’Atelier national de typographie de l’imprimerie nationale dirigée par Peter Keller, et encouragée par celui-ci à y passer une ou deux années, j’avais choisi la position qui, à mon goût, était la plus confortable : regarder, étudier, essayer de comprendre. Passionnée par le graphisme et la mise en pages, je voulais connaître les secrets de la création de caractères, un domaine totalement fermé à l’époque où les savoir-faire se transmettaient de maître à disciple. Quelques semaines, quelques mois peut-être, ont suffi pour que je me rende compte que l’un parmi nous était déjà dans un autre monde.

C’était pour moi évident : Jean François, que je connaissais à peine, montrait déjà une incroyable maîtrise et ses recherches m’aidaient à voir les pourquoi et les comment du dessin de la lettre. J’avais trouvé un vrai « futur pro » et j’allais en profiter pour discuter pendant des heures et des heures et espionner, en toute amitié, la création en train de se faire. Déjà s’installaient les bases de sa pratique, une approche particulière du dessin, une maîtrise du tracé qui sera un peu sa signature, présente dans tous ses caractères, et un grand souci d’expliquer qu’il mettra en pratique dans sa pédagogie. Je n’ai jamais rencontré de professionnel aussi généreux, prenant autant de plaisir à partager son savoir. Souvent, par la suite, je l’ai appelé pour lui demander de m’expliquer telle ou telle chose ; à chaque fois, même débordé, il a pris tout le temps nécessaire pour me répondre.

Sa connaissance de la calligraphie a influencé sa manière d’aborder la lettre, sans jamais y amener un quelconque maniérisme : des courbes chaleureuses, généreuses, mises en valeur par contraste par des droites extrêmement tendues. L’esthétique de la lettre tient à peu de choses pourtant bien difficiles à mettre en place : une résonance de signe à signe, une palette de traits, un rythme, une structure, organisés selon une logique interne pour aboutir à une entité qui échappera à son créateur pour se laisser apprivoisée par d’autres. Et c’est bien là, le talent du dessinateur de caractères : concevoir des signes qui séduiront d’autres praticiens qui pourront grâce à eux affirmer leur écriture. J’ai souvent utilisé les caractères de Jean François Porchez, avec une préférence pour l’Apolline, le Parisine et le Sabon Next, qui composent des textes d’une lisibilité parfaite, à la fois construits et pleins de souplesse, qui s’intègrent très bien à ma façon de « dessiner » une page.

Chaque nouveau caractère va être le moyen d’explorer un territoire encore inconnu et c’est tant mieux car cela augure d’un nouveau challenge qui va permettre à nouveau de pousser ses limites. Pour un client ou pour lui-même, Jean François Porchez va imaginer une sorte de cahier des charges, un cadre conceptuel qui va lui permettre d’inventer et de transcrire ces concepts dans la forme. Peut-on imaginer un caractère qui aurait à la fois les particularités d’une garalde et celles d’une mécane ? Comment améliorer un caractère de presse ? Comment ouvrir les contreformes d’une lettre pour augmenter sa lisibilité ? Est-il possible d’imaginer une série de fontes provenant des grandes familles de caractères en leur gardant une chasse commune, comme une sorte de boîte à outils offerte aux graphistes ?

L’histoire est toujours présente dans le travail de Jean François Porchez. La pédagogie également. C’est en expliquant la typographie, en commentant la création d’un caractère que l’on apprend aux autres, lecteurs, clients, à l’apprécier. Chaque fonte possède son histoire, mêlant les couleurs de l’époque, l’air du temps, aux résurgences du passé tout en se protégeant des phénomènes de mode. Véritable objet de design, elle est définie par sa fonction dans un contexte technologique précis. Enseignant depuis déjà longtemps, la force de son enthousiasme a conquis des générations d’étudiants qui sont devenus de véritables amoureux de la lettre. Un vrai créateur reste étudiant toute sa vie, il ne cesse jamais de chercher, de découvrir et, pour les plus généreux, de partager.

Vous pouvez en consulter un extrait ici.
Pour l’acheter en ligne :  les éditions Adverbum • Pour l’acheter en libraire : • Artazart, 83, quai de Valmy, 75010 Paris.

 

 

 

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Le caractère et la musicalité des mots par Erik Spiekermann.

Fondateur de MetaDesign et de Fontshop, créateur de fontes mondialement connues, Erik Spiekermann revient ici sur le processus de création à l’œuvre dans le dessin de caractères.

Erik Spiekermann – Putting Back the Face into Typeface from Gestalten on Vimeo.

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Où l’on entend parler Cassandre dans une émission de France Inter consacrée à Philippe Apeloig.

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Une conférence de Karel Martens, grand artiste du livre.

“I prefer typefaces that are uneasy … imper­fect … like jazz. It’s more believ­able.”


Parole au graphisme, Karel Martens Printed… par centrepompidou

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La fontaine aux lettres, ou la typographie racontée à tout le monde. Un livre de Joep Pohlen.

Le livre La fontaine aux lettres, dans sa deuxième version, est à la fois un catalogue de présentation de caractères, et un guide pratique pour découvrir l’histoire de la typographie et se familiariser avec les règles d’usage. Il est accompagné d’un site internet qui reprend une partie de l’ouvrage et offre ainsi gratuitement aux étudiants et amateurs une ressource de qualité.

Le chapitre Comment ça a commencé expose une brève histoire de l’écriture et l’avènement de l’ère typographique, en présentant les différentes techniques, des premières impressions à l’aide de caractères mobiles à l’apparition du premier Macinstosh en 1984.

Nom et classification tente de simplifier et de fixer le vocabulaire; pour cela il est bon de noter que la discussion est toujours ouverte et que peu d’appellations sont validées par tous les dessinateurs de caractères et tous les typographes (à noter également que, contrairement à ce qui est écrit, les points et virgules ne sont pas utilisés pour composer les chiffres aujourd’hui en France). S’il paraît normal de réactualiser la classification Vox, créée dans les années 50, on peut s’interroger sur la nécessité de maintenir une famille spéciale pous les incises qui sont très peu nombreuses et sur l’efficacité d’un nouveau système qui introduit une classification dans la classification en redécoupant six fois la famille titrage, compliquant les choses au lieu de les simplifier.

Au sommaire de ce chapitre : Zoom sur les familles de caractères / Capitales et bas de casse / Les variantes / Les petites capitales / Ligatures, diphtongues et logotypes / Chiffres / Signes de ponctuation / Les accents / Autres caractères courants / Systèmes de mesure / Système métrique ou décimal / Système Didot / Système pica / Le pouce / Le corps / Mesure du corps et de l’interligne / Les caractères et leur classification / Vox+ / Vox+1 / Vox+2 / Vox+3 /
Le chapitre Du dessin à la fonte s’attarde sur le processus de création et balise toutes les étapes importantes. On y voit, entre autres, que le schéma idéal des capitales provient de la capitale romaine à l’origine gravée dans la pierre, les corrections optiques nécessaires pour que les rondes soient perçues comme étant de même hauteur que les autres lettres. Il explique également les phases plus techniques nécessaires pour générer une fonte comme l’interpolation qui permet d’obtenir une graisse intermédaire entre deux versions, par exemple regular et extra bold, le réglage des approches de paire, appelé le crénage, et explique la naissance du format Opentype.

Le Guide pratique resitue la naissance de l’esthétique numérique dans son époque, lorsque le do it yourself du mouvement Punk entraîne toute une génération vers l’indépendance et que des magazines synthétisent dans leur mise en page les idéaux du mouvement New wave, appelé aussi Déconstructivisme, développé en réaction au Style international.
L’histoire des fonderies raconte une adaptation, quelquefois difficile, au nouvel univers technologique, la naissance d’Emigre, de Fontshop et des petites fonderies, reposant souvent sur les épaules d’un seul créateur. La fin de ce chapitre explique comment, par l’application de règles simples, composer un texte et mettre en page de façon à atteindre l’objectif de la bonne typographie qui est, selon l’auteur, “triple. Tout d’abord, elle cherche à susciter l’intérêt du lecteur. Ensuite, elle favorise la lisibilité du texte. Enfin, elle détermine la direction et le rythme de la lecture.”

Là s’arrête la partie commune au site et au livre. Il faut acheter l’ouvrage pour profiter de la partie catalogue, de l’index des fonderies et du glossaire, parties passionnantes, très bien documentées qui répondent à toutes les questions que l’on peut se poser sur la pratique et l’histoire de la création de caractères. Très intelligente aussi la présentation de variantes après la présentation de chaque caractère, tous des valeurs sûres, qui permet d’élargir notre horizon typographique en présentant des alternatives reposant sur les mêmes propriétés esthétiques.

Un ouvrage à faire figurer dans notre bibliothèque idéale, disponible entre autres chez Artazart, au prix de 46,55 €. Le site est consultable ici.

Toutes les illustrations sont issues du site. © Au ayants droits.
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Le caractère singulier de la typographie française.

D’hier…

Au début du siècle, la typographie française reste à l’écart des mouvements d’avant-gardes européens qui inventent le graphisme moderne, et des recherches plus traditionnelles de dessinateurs travaillant pour les fabricants de nouvelles machines à composer. Après des siècles d’une grande richesse – il suffit de citer les noms de Geoffroy Tory, Claude Garamond, Philippe Grandjean, Pierre-Simon Fournier –, la création française paraît avoir sombré dans un profond sommeil. Souvent impliqués dans de complexes affaires de familles, les différents protagonistes n’ont pas eu le recul nécessaire pour réfléchir sereinement à la question. Face à cette étrange situation, les jeunes graphistes se sont mis au travail pour recoller les morceaux de l’histoire, comprendre leur héritage – ou l’origine de leur manque de connaissance en la matière–, et se resituer dans une dynamique internationale. Portés par les nouvelles technologies, ils ont stimulé la réflexion, multiplié les initiatives pour combler le retard et mobilisé leur énergie pour faire connaître et reconnaître leur pratique comme une création à part entière.

Pour voir la suite de ce texte commandé par le Centre National des Arts Plastiques il y a une dizaine d’années et aujourd’hui en ligne, cliquez ici.

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Un petit film réalisé en papier découpé pour une première initiation à l’histoire de la typographie.

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Une belle idée pour partager les livres.

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Des affiches de présentation de caractères.

Voici le premier travail des étudiants de troisième année d’arts graphiques de l’ESAG-Penninghen, une affiche-specimen, à la fois présentation fonctionnelle, esthétique et pédagogique d’un grand caractère de l’histoire typographique.

Merci à Jeff Blunden qui m’assiste pour ce cours.

Cliquez sur une image pour démarrer le diaporama.
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Typofonderie, la fonderie de Jean François Porchez.

Pionnière de nos fonderies made in France, Typofonderie, créée par Jean François Porchez en 1994, s’est métamorphosée cette année : un nouveau site, une équipe élargie et le désir de publier des caractères de nouveaux créateurs.

Petit retour sur les classiques de la fonderie.

Les humanes sont rares et j’ai un faible pour elles ; l’Apolline en est une, qui affirme ses rondeurs et sa souplesse. Il garde de l’écriture la fluidité mais jamais l’anecdote. C’est un des tout premiers caractères de Jean François Porchez créé en 1993, et complétée au fil des ans en fonction des nouveaux standards technologiques. Il est basé sur sa propre écriture calligraphique sur laquelle il expérimente les procédés de stabilisation d’une écriture manuelle vers une écriture typographique, une méthode qui est aujourd’hui la base de son enseignement du dessin de la lettre.

Initialement dessiné pour la RATP, le Parisine est aujourd’hui une série très complexe et complète qui se décline du Parisine standard au Parisine Office qui peut être considéré comme la version texte du premier et possède une étonnante variation toute en ligatures, au Parisine Plus, une variante informelle que les parisiens voient également régulièrement sur les façades du Musée du quai Branly. C’est une linéale humaniste, qui allie souplesse et construction et se plie volontiers à tous les usages.


Créée par Jean François Porchez en 2001, l’Ambroise est une interprétation contemporaine de certains caractères Didot de style tardif conçus vers 1830. Il est composé de 3 versions de largeur différente, chaque jeu de chasse portant un nom relatif aux différents membres de l’illustre famille de fondeurs et d’imprimeurs Didot. Remarquable par ses A et E alternate arrondis (variantes contextuelles activées ou non par l’utilisateur), ses y, k, et g si particuliers, l’Ambroise joue avec les connotations habituelles des didones pour leur ouvrir, sans les exclure, des champs d’application plus larges que ceux du luxe et de la mode.

Le Monde est une sériale aux nombreuses surprises ; au départ conçu comme une série multistyles pour la presse où, sur un squelette commun, se déclinent les caractéristiques de grandes familles de caractères (transitionnelle, linéale, mécane), chaque fonte offre désormais des possibilités propres qui permettent de les faire exister également par elles-mêmes. Ainsi le Monde Courrier est-il une mécane douce, très lisible à l’écran, et le Monde Journal un caractère spécialement destiné aux petits corps. LeMonde Livre Classic permet de renouer avec toutes les subtilités des caractères de la Renaissance avec, par exemple, ses italiques ornées, à paraphes.

Les créations récentes.

L’Allumi et l’Ardoise sont les 2 dernières créations de Jean François Porchez diffusées par la fonderie. Deux linéales, travaillées comme toujours – c’est un peu la marque de fabrique de Jean François Porchez pour tous ses caractères de texte – dans un esprit humaniste, fluide, courbe, et tendu à la fois. L’Allumi existe en 2 chasses, standard et large. Une série ultra-complète, comme toujours là aussi, qui fait des clins d’œil à la technologie avec son squelette tendant vers la géométrie, légèrement carré, comme le sont souvent les caractères utilisés pour le high-tech, l’industrie, l’automobile. L’Ardoise est né d’une recherche débutée avec la publication du caractère Charente en 1999, dessiné pour le quotidien La Charente libre. 4 chasses, 9 graisses de base, donnent à l’Ardoise des possibilités d’utilisation multiples, même s’il est destiné à la presse au départ.

Le Geneo.

Créé par Stéphane Elbaz en neuf graisses, le Généo est une garalde-mécane, typique de l’avancée dans la conception de caractères de ces dernières années. Cette nouvelle approche, en effet, semble correspondre à un véritable besoin, autant dans l’imprimé que dans le numérique. Dans la lignée du Monde Courrier, il allie formes modernes, issues du 19e siècle,  et exigence traditionnelle, issue des habitudes et contraintes de lisibilité des textes longs. Un axe oblique, une vraie italique, des versions light, rares pour un caractère à empattements, des contre-formes ouvertes, tous ces points donnent beaucoup de caractère au Geneo.

L’équipe de Typofonderie est aujourd’hui constituée de Jean François et Véronique Porchez, Mathieu Réguer, Jérémy Landes Nones et Sonia da Rocha.

Les illustrations sont extraites du site et des différents specimens de la Fonderie, envoyés avec les fontes.

 

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